Description - Compagnie Jean Thomas

Jean Constantin, fondateur de la Compagnie Jean Thomas, nous a quittés le 27 avril 2010
"J'ai connu Jean en 1994 et depuis nous ne nous sommes plus quittés jusqu'à ce jour.
Seize ans de partage, d'engueulades (oh ses légendaires colères...souvent jouées), de complicité et de galère.
Jean qui disparaît et c'est animateur qui n'est plus là. Jean était un metteur en scène et un animateur d'atelier adulte et enfant. Jusqu'à l'extrême limite, puisqu'il essayait d'instiller sa passion il n'y a guère qu'un mois. Certains à qui il a inoculé le virus les voilà théâtralement orphelins. Et je n'oublierai pas qu'il m'a poussé à la mise en scène.
Jean qui disparaît et c'est une mémoire qui se tarit. En cinquante ans de théâtre, il avait accumulé de multiples anecdotes qu'il nous ressortait comme autant de leçons, d'expériences vécues que ce soit au sein de la compagnie comtadine qu'il avait créé à ses débuts à Salon, à l'opéra où il fut salarié ou à la compagnie Jean Thomas.
Jean qui disparaît et c'est un comédien qui quitte la scène. Et quel comédien! Cela, il faut le rappeler à ceux qui ne l'ont peu connu. Que ce soit dans la comédie, souvenons-nous de "Cigalon", de "l'élixir de maître Tobert" qu'il avait lui-même écrit, ou dans le drame ("la métamorphose" de Kafka ou les oeuvres sur les Vaudois). Il était de plus en plus un admirable serviteur de Molière.
Jean qui disparaît et c'est une lueur du sud qui s'éteint. Dans son art de comédien, Jean était du sud. Il était le descendant naturel de Pagnol, Raimu, Fernandel. D'où cette propension à chaque réunion de nous refaire "l'accent", monologue de Fernadel, malgré mes protestations véhémentes, mais feintes, il est vrai.
Mais il était capable (vestige du cours Florent?) de reprendre, tel un parisien pure souche, l'accent pointu du pays d'Oil, notamment dans les rencontres officielles.
Enfin je ne peux pas terminer sans parler de l'ultime Aventure. Avec trois autres partenaires il avait créé un lieu : "le Garage". J'ai vu alors un sexagénaire plein d'enthousiasme, la pelle ou le tournevis à la main, installant les sièges, tirant sur les fils électriques. Le Théâtre Jean Thomas avait un lieu. Les projets de manquaient pas. Même lorsque des temps plus difficiles pour "le Garage" sont venus, il a résisté et maintenu bien haut la matérialisation de son rêve.
Et puis est venu ce jour où la logique économique imbécile nous a fait partir. Alors nous avons vu, nous avons senti Jean atteint au plus profond.
Le souvenir reste et avec lui, le Théâtre Jean Thomas perdure.
Mais nous n'oublierons jamais qu'un petit homme, un peu rond, les yeux malicieux nous a donné cet outil et conforté dans notre passion.
Jean, je crois que désormais, à chacune de nos représentations, un supplément d'âme soufflera sur la compagnie.
Je suis sûr que tu seras là..."
Michel Paume - 3 mai 2010
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